L'Ermite du Flimiou







Avant de refermer mes histoires de La Ligue, je vous "livre" cette histoire afin de vous inviter à regarder désormais le rocher du Flimiou d'une façon différente.

Nous sommes toujours aux temps de la Ligue, autour des années 1600.

Le père Maunoir, qui avait une plume insatiable, a raconté dans sa "vie manuscrite de Catherine Daniélou" l'histoire d'un jeune homme de Quimper, Corentin, aîné de la famille de Coatanezre de Prat Maria, dont la terre noble se trouvait à Ploaré, fils que ne pouvait supporter son père au point de le chasser, un jour, après l'avoir muni d'un pécule…pour solde de tous comptes.

Corentin, ne comprenant pas la décision de son père, passa par la cathédrale implorer son saint patron de le guider dans ce qui serait sa nouvelle vie. Ce fait, il prit la route de Douarnenez; au bout d'une dizaine de kilomètres, disons Ploneis, il s'arrêta à un calvaire où étaient représentés Jésus et la Vierge Marie et les implora de même de lui venir en aide.

Se dirigeant alors vers le côté de Plogonnec, il croisa une pauvre femme qui venait de perdre son mari, laquelle, n'ayant pas le premier écu pour l'inhumer, allait être contrainte de l'enterrer dans son jardin.

Corentin, très ému de cette misère qu'il n'avait sans doute pas connue dans sa précédente vie, fit don sans hésiter à cette femme de l'essentiel de son pécule puis erra ensuite dans la campagne où il rencontra un manoir mais, noble, il ne s'en approcha pas pour demander le gîte et coucha donc dans un fossé sans souper.

Le lendemain, il rencontra le gentilhomme du manoir qui lui proposa de rester et de devenir le précepteur de sa fille qui ne savait ni lire ni écrire.

Il resta un an dans cette maison et épousa son élève…je vais vite dans l'histoire…tout le monde consentit à ce mariage noble, sauf l'oncle de la jeune femme, allez savoir pourquoi, toujours est-il que celui-ci forma le projet de tuer Corentin une fois que fut né le premier enfant des jeunes époux.

A cette fin, il l'invita à chasser au bord de la baie de Douarnenez…nous y arrivons…et ne trouva pas mieux que de le jeter dans une grotte très profonde, peut-être celle du Ris; Corentin, implorant ses saints protecteurs sentit alors une force invisible qui le drossa sur un rocher…qui se révélera être celui du Flimiou.

Il y demeurera cinq années: chaque jour, il recevait de quoi se nourrir d'un ecclésiastique qui venait du "continent" mais, un jour, cette personne lui annonça qu'il ne reviendrait plus et qu'il pourrait rentrer chez lui, l'oncle criminel étant passé de vie à trépas.

Le lendemain, un vieillard aborda le Flimiou à la nage et proposa à Corentin de la ramener à la terre ferme contre, quand même, une petite contribution en retour. Corentin, ainsi libéré de son joug, proposa d'emblée à son sauveur de lui donner tous ses biens…C'est trop, répondit le vieillard…je me contenterai de la moitié…je vous reverrai dans quelque temps pour recevoir mon "salaire".

Corentin retrouva les siens qui le fêtèrent et ainsi il reprit sa vie.

Un an après, un vieillard frappa à la porte de la demeure et, un instant repoussé par les serviteurs, fut reconnu par Corentin après quelques hésitations.

Il venait toucher son salaire ce que Corentin était, bien sûr en accord avec son épouse, prêt à consentir "noblesse oblige". Ainsi, il s'apprêta à réunir les biens nécessaires mais fut aussitôt interrompu par le vieillard: "tout n'est pas ici!" lequel demanda à entrer dans la chapelle du manoir: "N'avez-vous pas un enfant? Il doit faire aussi partie du partage. Corentin, plein d'angoisse et d'incompréhension, s'en alla chercher son enfant pour en finir au plus vite. A peine entré dans la chapelle, le vieillard sortit un long couteau, déterminé à conclure le partage criminel à la manière du roi Salomon.

Quand Corentin comprit ce qui allait s'en suivre, il proposa de se défaire de tous ses biens contre la vie sauve de son enfant…c'est alors qu'entrèrent dans la chapelle ses protecteurs, La Vierge Marie et Saint Corentin. Le vieillard – qui se révélera être le mari ressuscité de la pauvre femme à qui il avait tout donné au début de l'histoire, baissa son couteau puis son œuvre était ici brusquement achevée….

En 2019, nous serions en droit d'attendre une fin heureuse, une "end" qui ne pourrait qu'être "happy", hé bien, du temps de la Ligue, non! Pour une raison que, pourtant humble chrétien, je n'arrive pas encore à comprendre, après avoir lu plusieurs fois l'histoire…pour mieux vous la résumer…cette fin aujourd'hui est incompréhensible et je remets la plume dans la main du Père Maunoir pour vous narrer cette fin bien triste après une jeune vie pleine de bienfaits.

"(Le vieillard): je suis venu pour avoir la moitié du plus précieux de vos biens, le Ciel aura votre âme et celle de votre fils, la terre sainte aura votre corps" Au même instant, ce gentilhomme (Corentin) adorant à genoux les ordres du Ciel et se sentant frappé d'un trait secret de l'amour de Dieu, lui rendit son esprit ainsi que son enfant…"

Pas sûr que je vous aurais raconté ceci si notre Corentin avait passé ses cinq ans ailleurs qu'au Flimiou, on ne peut être que "saisi d'horreur" de cette fin même s'il ne s'agit que d'une histoire! Pourtant le Père Maunoir y a cru, lui, cette histoire colportée bien avant lui dans toute la Cornouaille, il en composa un cantique en breton qui, au moins, contribua à maintenir, dans le bon peuple de Douarnenez, le souvenir de "l'Ermite du Flimiou".