...ET LES ARTISTES DESCENDIRENT DU TRAIN À TRÉBOUL!
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| Autoportrait - 1894 °° |
Virginie Demont-Breton (1859-1935)
*
Les maisons que j'ai connues
Peintres et savants
Virginie Demont Breton.
1926-1930.
*
I - L’HOTEL VEDELER A DOUARNENEZ - PEINTRES ET POÈTES
En
1865, mon père eut le désir de travailler dans un pays nouveau et il quitta
Courrières avec ma mère et moi, dans l’intention de passer l’été aux environs
de Granville.
Nous
nous étions arrêtés à Paris, dans ce vieil hôtel du Borysthène, rue de
Vaugirard, 30, où notre famille avait, depuis un demi-siècle au moins, coutume
de descendre.
Mon
père fit une sortie matinale d’où il revint tout animé, disant à ma mère :
— Sais-tu où nous allons?
— ...A Granville?...
— Mais non ! à Douarnenez.
Il
venait de rencontrer par hasard, autour de l’Odéon, le paysagiste Emmanuel Lansyer qui, l'année précédente, avait
découvert ce coin du Finistère encore inexploré des artistes et y avait conduit
quelques jeunes amis, peintres et poètes, qui s'étaient, comme lui,
enthousiasmés pour ce beau et curieux pays. Lansyer était tout fier d’être, au
point vue artistique, le Christophe Colomb de ce port maritime très connu des
industriels en sardines et des commis voyageurs en rogue de Norvège, mais dont
les rives fleuries d’ajoncs et de bruyères sauvages n'avaient jamais vu éclore,
parmi leurs roches et leurs men’hirs, le moindre parasol de peintre ni la
moindre strophe poétique. Mon père décida donc de se joindre à ce groupe d’explorateurs
d’une terre nouvelle et ce fut un enchantement que cette saison où le soleil ne
cessa de briller chaque jour pendant plus de trois mois. Pour moi, fillette de
six ans, ce fut un adorable enivrement qui m’a laissé le souvenir d’un rêve
bleu.
J’avais vu la mer à Boulogne un an avant. Elle m’avait fait peur. C’était un matin de brouillard intense. Une cabine roulante, tirée par un cheval, nous mena jusque dans la mer. On m’avertit que j’allais prendre un bain. Ma mère me mit un costume de bain bleu à pois blancs qui me fit l’effet d’une camisole de supplice. Il n’y avait pas d’horizon, le ciel descendait jusqu’à nos pieds et s’y transformait en écume mouvante, des bateaux fantômes passaient dans le ciel et criaient d’une voix prolongée et rauque. J’eus l’impression du vide. Mon père me prit dans ses bras et m’y plongea. Il était froid, ce vide, il était salé, il me suffoquait et me donnait le vertige. Je me cramponnais, je criais. La mer m’apparut terrible, cette immensité était en trop grande disproportion avec moi.
A
Douarnenez, au contraire, c’était l’intimité de la vague avec l’enfant qu’elle
caresse, l’écume blanche, étincelante qui se joue sur l’azur d’une mer aimable,
enfermée entre des falaises boisées et fleuries. C’était une nature riante,
ensoleillée, en harmonieux accord avec ce que pouvait concevoir et embrasser ma
naissante compréhension des choses.
A ce propos, je me rappelle
qu’un jour le paysagiste romantique Paul Huet, qui nous accompagnait,
s’imaginant que je devais forcément être fatiguée, puisque je n’étais encore
qu’un petit enfant, me prit sur ses épaules à la façon de saint Christophe
portant le petit Jésus. J’en éprouvai un sentiment de honte et d’humiliation et
en même temps une sensation de vertige, n’étant pas accoutumée à voir les
objets de si haut.
J’eus
une grande envie de pleurer, de crier, mais je me retins et n’osai pas dire que
j’eusse préféré courir à la façon des petits chiens. Cependant, je reste
reconnaissante à cet ami qui se donna cette peine inutile avec tant de bonne
grâce.
*
UNE OEUVRE
*

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